Impayés de loyer : des procédures plus longues et plus coûteuses fragilisent la location
- BERTRAND PETIT
- 29 juin
- 3 min de lecture

Cette analyse met en lumière des tendances structurelles qui pèsent sur le marché de la location longue durée, en particulier le poids croissant et la durée des procédures judiciaires.
Des impayés de loyer majoritairement liés aux aléas de la vie
Contrairement aux idées reçues, les impayés de loyer sont très majoritairement liés à des événements imprévus de la vie.
Selon l’étude Mila, 62 % des situations d’impayé trouvent leur origine dans des aléas tels que des problèmes de santé, une perte d’emploi entraînant une baisse de revenus ou une séparation. Ces facteurs constituent aujourd’hui la première cause d’impayé de loyer.
D’autres situations résultent de fragilités financières préexistantes ou de conflits entre locataires et propriétaires.
À l’inverse, seuls 8 % des incidents de paiement relèvent d’un comportement volontairement malhonnête de la part du locataire.Une judiciarisation croissante des impayés de loyer
Face aux impayés, la résolution amiable devient de plus en plus rare. Près de 70 % des dossiers analysés par Mila ne trouvent pas d’issue rapide par la reprise du paiement ou le départ du locataire.
Ces situations font alors l’objet d’un commandement de payer signifié par un commissaire de justice, marquant l’entrée dans une procédure contentieuse.
Par ailleurs, 34 % des dossiers nécessitent l’intervention d’un avocat afin de poursuivre les démarches judiciaires, traduisant une complexification croissante des procédures liées aux loyers impayés.
Des délais judiciaires records et très inégaux selon les territoires
L’étude met en évidence la forte pression qui s’exerce sur les tribunaux judiciaires, avec des conséquences directes pour les propriétaires bailleurs. Les délais moyens pour obtenir une audience après une assignation varient fortement selon les juridictions.
Ils atteignent jusqu’à 18,9 mois au tribunal judiciaire de Longjumeau et 14,7 mois à Roanne.
À l’inverse, certaines juridictions comme Marseille, Toulon ou Grasse parviennent à maintenir des délais moyens inférieurs à 3,5 mois.
Ces écarts créent une véritable inégalité territoriale face à l’incertitude et à la perte de revenus subie par les propriétaires.
Des coûts d’impayés supérieurs à 10 000 € pour un tiers des dossiers
L’allongement des délais et le recours accru au contentieux ont un impact direct sur le coût global des impayés de loyer.
Pour les dossiers nécessitant l’intervention d’un avocat, le coût moyen atteint 10 140 €.
Dans le détail, le montant moyen des impayés s’élève à 9 120 € en contentieux, contre 2 440 € dans les situations réglées à l’amiable. À cela s’ajoutent des frais de procédure moyens de 1 020 €, pourtant négociés par Mila, un montant qui peut facilement doubler pour un propriétaire non assuré.
Pour les propriétaires investisseurs, ces coûts peuvent mettre en péril la capacité à honorer un crédit immobilier ou à sécuriser un complément de revenu, notamment en vue de la retraite.
L’incertitude prolongée génère également un stress financier, psychologique et administratif important.
« L’investissement locatif est confronté à une conjoncture particulière. Nos chiffres ne témoignent pas seulement d’une hausse des incidents, mais surtout d’une transformation du risque : le règlement est plus long et plus coûteux. Sécuriser son investissement devient la priorité absolue pour les bailleurs », analyse Gérard Deray, cofondateur et PDG de Mila.

Commentaires